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mercedes

En ses vignes violines

 

Poéme en A

   Autrefois attirée
   Aptérygote andine
   Ambiguë, androgyne
   Aveuglée jusqu'à l'aube
   Ardente jusqu'à l'aurore
   Assaillie, assommée
   Par ton air angélique
   D'anarchiste apatride
   Aventure d'avant-garde
   Mon apside, mon apoastre
   A l'aplomb anthracite
   Etait-ce une apparence ?
   Un arc-en-ciel, une arrogance ?
   C'était un avant-goût
   Ce fut une avalanche
 En B 1
   Mon beau barbare
   Badin bohême
   Tu as baisoté la baladine
   Au bikini de bakélite
   Belle de nuit sans boussole
   Boudeuse de bagatelles
   Tu as balancé ton bazooka
   Et ton bagou de boustrophédon
   J'ai basculé du baobab
   Dans le bataclan la bacchanale
   Je suis la belle au barbital
   Tu es la blessure du bandonéon
En B 2
   Au bal si beau dans tes babouches
   Mon bienséant baroque
   Pour toi j'ai fait la ballerine
   La brigandine
   La byzantine
   C'est dans ce brouhaha
   Que tes balbutiements
   On balisé ma brouille
   Et dans ton bateau-phare
   Bigoudis en broussaille
   Burlesque dans mon boubou
   Bienheureuse belle-de-jour
   J'ai dit béni-oui-oui

En C
Ce chagrin chuchoté
Confusément conté
De calembours en catachrèses
De cryptogrammes en calembours
Chancelante dans ma chute
Captive dans ce cauchemar
Confondue, condamnée
Dans ma chapelle en cendres
J'ai chaviré dans ta colère
J'ai cheminé dans ta constance
Consolée, calfeutrée,
Au chaud dans ta cuirasse
Ton château, ta cathédrale
De chevalier charismatique
Ce fut toi mon clandestin
Et moi ta clandestine
Toujours toi mon comparse, mon compagnon,
Mon courtisan contemplatif
Tu es mon cheikh, mon cacique, mon calife
C'est toi, mon caressant complice 

 En D
Dépaysez-moi de drôleries disparates
Dissipez ces démons que je déplore 
Dévastez les doryphores 
De mon divin divan
Dites moi ma démesure
Mais doucement et dans le désordre
Et donnez-moi de profundis
Ma déconvenue
Dites moi la décadence
Et que je me dévoile
Donzelle et dame ou dame-jeanne
Dame de onze heures en djellaba
Diane diaphane
Dame à dos d'âne
Dévergondez-moi donc
A dada, en dragonnade
Dans vos draps, sur la dunette
Ou à mon domicile
Dégotez la datcha dans son demi-sommeil
Désespérez la dévoreuse de sa désinvolture
Dévisagez le décolleté de la défileuse
Distendons-nous, discutaillons
Et que je vous défroque
Que je vous démouchette
Avec dextérité 

Enigme en E
Sans ébauche sans esquisse
Il éclate comme l'éclair
Écartèle et emporte
Vers l'effroyable état
De l'entre-deux êtres
C'est l'errance étrange
D'épaves sans empire
Aux empreintes effacées
C'est une esbroufe
Une embuscade
Une escarmouche
J'exige un erratum ! 
   

dessins de J.-P. Humbert

En ses vignes violines


Aux veloutes voilées
Vivent les va-nu-pieds
En son vertigineux val
Vernissé vert-de-gris
Vont et viennent les voyageurs
Visiteurs volubiles et vendeurs de voyelles
Vulnérables vulcains au verbe virtuose
Voient valser les violettes
Voltiges de vaguelettes
Vacillantes et vaporeuses
Voleuses de vague à l'âme